10 ans des ETI 

Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) constituent depuis 2008 (Loi Modernisation de l’Economie) une catégorie d’entreprises intermédiaires entre les petites etmoyennes entreprises (PME) et les grandes entreprises (GE). Elles comptent entre 250 et 4 999 salariés, et ont un chiffre d’affaires inférieur à 1,5 milliard d’€ ou un total de bilan inférieur à 2 milliards d’€ (définition de l’INSEE).

 

Cette année la catégorie ETI a dix ans. Le chemin parcouru pour une meilleure prise en compte de cette catégorie d’entreprises par les pouvoirs publics est indéniable. Depuis 2008, « la marque ETI » s’est progressivement imposée dans le débat public économique. Elle a notamment permis de :

  • Mettre en valeur le poids des ETI dans l’économie et leur contribution à l’emploi et à l’investissement dans les territoires ;
  • Souligner le déficit français d’ETI par comparaison à nos principaux voisins européens, principale anomalie de notre tissu économique. Ce constat est aujourd’hui unanimement partagé ;
  • Contribuer à faire de l’augmentation du nombre d’ETI et l’ambition d’un « Mittelstand » à la française un nouvel horizon de la politique économique de notre pays ;

 

ETI : les bons soldats de l’économie

 Une contribution majeure à l’économie nationale: 23% de l’emploi (3 millions de salariés), 27% du CA national, 34% des exportations françaises, 600 leaders mondiaux.

 Des acteurs de long terme : 80% des ETI ont un actionnariat familial de 3ème, 4ème, voire 5ème génération avec un objectif clair : construire dans la durée des marques solides pour partir à la conquête de l’international.

 Des entreprises trop peu nombreuses en France: 5 800 contre 12 500 en Allemagne, 10 500 au Royaume-Uni, 8 000 en Italie du Nord.

 

Les moteurs de l’emploi dans nos régions

Des entreprises qui forment l’ossature économique des territoires : les 2/3 des sièges sociaux des ETI se trouvent en province (75% de l’emploi total et 85% des unités de production).

Les derniers bastions industriels de l’emploi industriel : 900 000  emplois industriels dans nos régions. Des entreprises qui irriguent un tissu de sous-traitants et de fournisseurs, de logisticiens : chaque emploi dans une ETI génère 3,5 emplois indirects en moyenne.

Des « airbags » anti-crise : de 2009 à 2016, les ETI ont créé 335 000 emplois nets, là où les grands groupes en ont détruit près de 80 000.

 

Des entreprises desservies par un écosystème de compétitivité défavorable

Des entreprises surexposées au déficit de compétitivité du site France : des entreprises qui, parce qu’elles emploient, investissent, innovent en France, avec des capitaux français, se prennent de plein fouet les législations fiscales et sociales. Contrairement aux PME, elles ne bénéficient pas de garde-fous protecteurs ou de seuils d’exemption. Contrairement aux grands groupes, elles n’ont pas la possibilité de répartir la charge sur leurs différentes implantations internationales.

Des entreprises plombées par la cascade fiscale française : la France a fait le choix de mettre lourdement à contribution l’appareil productif, et ce à tous les niveaux. Résultat : une rentabilité et une compétitivité qui s’étiolent depuis 15 ans et qui ont été durement impactées par la crise :

Taux de marge : 29,7% en 2014 

EBE en recul de -2,34% sur 2008-2013

Résultat net en baisse de -27,32% sur 2008-2013

 

Les ETI sont prêtes à se battre pour la croissance et l’emploi

A condition de ne pas les envoyer désarmées au feu de la compétition internationale : permettre à nos entreprises d’être compétitives c’est tout simplement faire en sorte qu’elles puissent se battre à armes égales avec leurs concurrents, à commencer par leurs concurrents européens. C’est pourquoi l’écosystème français doit être aligné sur la moyenne européenne. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. A chiffre d’affaires équivalent et produits équivalents une ETI allemande fait 73% de résultats en plus qu’une ETI française.

A condition de les aider à se développer dans la durée. Pour construire des marques mondiales fortes, des produits innovants et de qualité, pour bâtir des entreprises conquérantes et compétitives à l’international, il faut du temps. Il faut souvent deux générations avant qu’une entreprise n’atteigne la taille ETI ; parfois trois ou quatre pour qu’elle devienne leader de son secteur. Le temps long est la clé de la montée en gamme et en taille de nos PME et de nos ETI. Nos 5800 ETI sont aujourd’hui les champions du long terme. Or, par comparaison avec nos voisins européens, nos ETI sont moins nombreuses et plus petites, car entravées dans leur développement par des obstacles fiscaux sur leur transmission notamment.

 

Trois enjeux majeurs pour enrichir en ETI notre tissu économique et construire un « Mittelstand » Français:

♦ Le long terme : pour construire une ETI, développer une marque solide à l’international, il faut du temps. Ce temps est donné par la stabilité actionnariale. Le Gouvernement a réglé une partie du problème avec la suppression de l’ISF sur les parts d’entreprise et l’instauration du prélèvement forfaitaire unique qui baisse le coût du dividende que versaient les entreprises pour capitaliser leur transmission. La question de la transmission n’est, pour autant, pas totalement réglée car le cadre français demeure en décalage par rapport à la moyenne européenne tant sur sa complexité que sur son coût.

♦ La compétitivité : les ETI produisent, investissent et recrutent en France. Majoritairement internationalisées elles sont sur-exposées au décalage compétitif du site France. Un décalage double : (i) sur les taxes de production (les 1500 ETI industrielles françaises supportent 63% de la C3S, 46% de la CFE et 52% de la CVAE) et (ii) sur le coût du travail sur les profils intermédiaires et supérieurs. Au regard des montants d’investissements nécessaires à la transformation digitale et à la montée en gamme de nos entreprises, le retour à une compétitivité alignée sur les standards européens est crucial. 

♦ L’attractivité des talents, et notamment des jeunes : Pour croître et se développer, les PME de croissance et les ETI doivent attirer les meilleurs talents dans leurs territoires d’implantation (souvent hors des métropoles régionales). Attirer les meilleurs talents suppose d’une part d’être en capacité de les associer à la réussite de l’entreprise (épargne salariale) et de donner du sens à l’action de l’entreprise (engagement sociétal/Mécénat). Dans cette guerre des talents, les ETI, entreprises à taille humaine, dotées de circuits de décision courts, qui investissent dans le capital humain, disposent d’atouts qui pourraient être renforcés.