C’est un symbole pour les Gilets jaunes. Revenir sur la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), vécue comme un cadeau aux riches, doit permettre de rééquilibrer la fiscalité. Faux, selon le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI). “On ne le dit pas assez, mais l’ISF, ce sont les entreprises qui le payaient“, affirme Frédéric Coirier. Pour le coprésident du Meti et le président de l’ETI Poujoulat, le constat est sans appel. L’ISF a d’abord eu pour conséquence d’entraver le développement des entreprises familiales. “Elles devaient verser des dividendes suffisants aux actionnaires suffisants pour couvrir leur ISF“, rappelle-t-il. Et obéraient ce faisant leur capacité d’investissement. Surtout les années moins fastes, où le versement de dividendes pouvait devenir casus belli entre les dirigeants actionnaires, exonérés d’ISF, et les autres. Pour ces dirigeants, le problème survenait plus tard quand, au moment de la retraite, survient le moment de la cession de l’entreprise. Beaucoup repoussent alors la vente. “L’ISF n’est jamais mis au premier rang des freins à la cession, nuance Alain Tourdjman, le directeur des études économiques et de la prospective du groupe BPCE. Mais il ressort régulièrement.” Avec un effet pervers. “Les entreprises dont le dirigeant est âgé ont tendance à s’endetter moins, à investir moins, donc à perdre de la valeur“, résume Alain Tourdjman.

La suppression de la taxation du patrimoine mobilier, associée au prélèvement forfaitaire unique, incitera-t-elle ces épargnants à réinvestir dans le capital des entreprises françaises, plutôt que dans la pierre ? C’est le pari du gouvernement, réaffirmé par Emmanuel Macron qui a rejeté toute idée de revenir à l’ISF. Un an après la réforme, difficile d’évaluer une telle réorientation. Une enquête de l’Observatoire BPCE sur l’épargne des ménages montre que 10,3 % des épargnants dont le patrimoine est supérieur à 500 000 euros envisagent de réorienter leur épargne de l’immobilier vers le mobilier. “C’est encore marginal, mais ce sont les prémices d’une évolution”,, remarque Alain Tourdjman.

Selon Eurostat, la détention d’actions et de part de fonds d’investissement en volume (hors effets du cours de Bourse) des ménages français a augmenté de 15 milliards d’euros au premier semestre 2018. Elle n’avait augmenté que de 6 milliards et de 7 milliards, sur la même période en 2016 et 2017. En remontant dans le temps, on trouve un chiffre un peu hors normes en 2015 (+ 35 milliards) et zéro aux premiers semestres 2014 et 2013. Pour Denis Ferrand, le directeur général de Rexecode, “ il est difficile de conclure définitivement que ce fort rebond en 2018 soit lié à la modification de la fiscalité. Mais on ne peut pas l’exclure“.

Publie par L’Usine Nouvelle le 17 décembre 2018