L’ETI, un modèle de management

Pour attirer les talents, s’ancrer dans leurs territoires ou faire en sorte que leurs équipes puissent donner le meilleur d’elles-mêmes, les entreprises de taille intermédiaire savent se montrer précurseurs.

Ancrées dans les territoires, inscrites sur le long terme et ouvertes sur l’innovation incrémentale, les entreprises de taille intermédiaire peuvent inspirer à plusieurs titres les petites sociétés en veine de croissance comme les plus grands groupes.

Ces organisations dont le chiffre d’affaires oscille entre 50 millions et 1,5 milliard d’euros et les effectifs entre 300 et 5.000 salariés, sont, avec les PME, « un actif stratégique pour la France », concluait récemment l’Institut Montaigne. Elles se distinguent aussi par une certaine audace pour faire vivre  « un business positif » lorsque la RSE, la responsabilité sociétale et environnementale, devient un axe de différenciation et une opportunité de développement.

Reconsidérer la fonction dirigeante

En alerte sur les attentes des nouvelles générations, Philippe Barbry, PDG de Devred 1902, n’a ainsi pas hésité à repenser la culture managériale de cette ETI picarde, bien dans son territoire. « Les entreprises ont l’habitude de mettre des cadenas partout pour contrôler les hommes et sécuriser les process. Pris un par un, un cadenas ne constitue pas un problème, mais lorsqu’il y en a trop, ils menacent l’édifice, un peu comme sur le pont des Arts », illustre ce patron en quête de « recette gagnante ». Passé par l’école de « la confiance, cela se mérite », Philippe Barbry aura, de son propre aveu, « mis un temps fou à comprendre que la confiance se donne ». Et que c’est un risque à prendre. A la clef : l’application d’un principe de subsidiarité. « Directeurs de magasin, directeurs régionaux ou cadres dirigeants, chacun là où il est, est le plus à même de savoir ce qui est de nature à satisfaire le client qu’il a en face de lui », déroule cet ancien d’Arthur Andersen. Pour insuffler un peu plus d’horizontalité, il a depuis peu instauré un « Vis ma vie », avec échange ponctuel de poste. Il s’apprête en outre à mettre en place, pour 2019, un compte rendu vidéo des réunions du comité de direction, avec une possibilité d’interactivité sur le réseau social d’entreprise. « La distance est inutile au dirigeant. Si e lle peut le protéger, elle peut aussi l’enfermer », analyse-t-il, pointant une aspiration profonde du moment à la prise de parole que l’actualité ne dément pas.

Intégrer les problématiques écologiques

Lorsqu’il reprend, au début des années 2000, l’entreprise qui deviendra la star de la sellerie, Laurent Duray est un cavalier entrepreneur. Aujourd’hui, après plusieurs acquisitions, il a fait du groupe LIM une ETI qui mène une politique active d’optimisation et de recyclage des matières premières dès l’amont de la chaîne de valeur. « Nous avons signé des protocoles avec des agriculteurs que nous rémunérons dès lors qu’ils s’impliquent dans une stratégie qualitative d’optimisation de la peau […], témoigne-t-il dans un rapport de bpifrance. Nous essayons systématiquement de réfléchir à la seconde vie du produit », précise celui qui est aussi à l’origine de la création d’un pôle rural d’excellence autour de la filière cuir du Périgord, qui a été labellisée par l’Etat. De quoi inspirer les plus grands groupes.

L’enquête menée auprès des groupes du SBF 120 sur « les nouveaux modèle de performance » et L’enquête menée auprès des groupes du SBF 120 sur « les nouveaux modèle de performance » et – réalisée par Sparknews et le cabinet Prophil pour « Les Echos Executives » – révèle, par exemple, que  le spécialiste mondial du diagnostic in vitro bioMérieux accorde une attention toute particulière à la pérennité de la relation avec ses fournisseurs. L’entreprise a mis en place un programme de codéveloppement afin d’améliorer en continu la sécurité des investisseurs dans les outils de production de ses fournisseurs. Tarkett (revêtements de sols), lui, a fait le choix de l’écoconception en prenant en compte le recyclage dès la phase de design. Autre dimension, autre structure capitalistique, mais volonté environnementale identique chez Maisons du Monde qui, depuis huit ans, accompagne sa croissance d’un plan d’achats responsables d’un bout à l’autre du monde. L’introduction en Bourse en 2016 ? La directrice du développement durable, Fabienne Morgaut, y a vu une opportunité de booster la structuration de la démarche, d’être transparent et de mieux coordonner les métiers.

Rendre l’expérience recrutement unique

La  guerre des talents aussi est vue comme l’occasion de trouver des solutions innovantes. Scalian, par exemple, recrute cette année encore plus de 900 personnes pour des postes liés au numérique : ingénieurs spécialistes des systèmes embarqués, développeurs, architectes de systèmes d’information, etc. Des métiers dont les grands groupes raffolent aussi. « Pour les accrocher, le contact doit être personnalisé immédiatement. Notre processus de recrutement est aussi très court », explique la directrice des ressources humaines, Caroline Nancy. Un jeu de cartes a ainsi remplacé le curriculum vitae lors des entretiens individuels et des vidéos racontant le parcours d’ingénieurs en poste sont mises à disposition des candidats.

Chez OVH, le fondateur et président Octave Klaba fait personnellement passer des entretiens le midi à la cantine ou avec l’équipe que le candidat est susceptible d’intégrer. Concrètement, d’après l’enquête « Attirer les talents dans les PME et les ETI » réalisée en avril 2017 par bpifrance Le Lab, les ETI en forte croissance recourent plus que la moyenne aux cabinets de recrutement (57 % vs 44 %), aux réseaux sociaux (59 % vs 37 %) et aux job boards (71 % vs 57 %).

Renforcer l’ancrage régional

Une fois ces talents trouvés, encore faut-il les fidéliser. Les ETI s’y emploient. D’abord en renforçant leur ancrage régional, comme Septodont, dans le Val-de-Marne, qui multiplie les initiatives en faveur de l’insertion des jeunes issus de milieux défavorisés. Ensuite, en s’impliquant dans le tissu associatif local. Tel le lyonnais Gattefossé qui soutient Alynea, une association d’urgence sociale de la Métropole de Lyon.

Non loin de là, dans la Loire, le fabricant de caramels Nigay, très actif dans un mécénat de territoire, s’implique dans la fondation Terra Isara destinée à promouvoir l’agroécologie. Poujoulat, leader européen des conduits de cheminées, a fait le choix d’accompagner des équipes locales de jeunes sportifs, là au sein d’un club de football (Niort), ici d’un club d’athlétisme (Franconville). Le  mécénat associatif, caritatif et culturel nourrit renommée et attractivité. Les ETI l’ont compris.

Dossier ETI Les Echos le 3 décembre 2018