Pour les ETI, pas de succès sans vision à long terme

Les mesures transmission, notamment pacte Dutreil, facilité maintien entreprises girons familiaux contribué rendre pérennes.

A l’occasion des dix ans de la création de la catégorie ETI, le coprésident du METI et président du directoire de Poujoulat, Frédéric Coirier, revient sur les clefs de la réussite de ces entreprises de taille intermédiaire. Interview.

Dix ans après la création officielle de la catégorie ETI par la loi de modernisation de l’économie (LME), où en sont les entreprises de taille intermédiaire ?
Alors qu’en 1980, la RFA (l’ex-République fédérale d’Allemagne, NDLR)et la France étaient à égalité en matière d’ETI, l’Allemagne comptait, il y a dix ans, trois fois plus d’entreprises de taille intermédiaire que l’Hexagone qui a, entre-temps, sévèrement décroché. Depuis 2008, le nombre d’ETI est toutefois reparti à la hausse. Même si elles sont moins nombreuses et plus petites que celles du Mittelstand allemand, on en dénombre aujourd’hui 5.800, contre 4.500 dix ans plus tôt, avec un impact économique majeur. Elles représentent 25 % de l’emploi salarié, un tiers des exportations et 50 % de l’industrie française. Elles entretiennent également une très forte relation avec l’économie régionale puisque 70 % de leurs sièges sont en régions.
Comment s’explique cette progression ?

Les mesures sur la transmission, et notamment le pacte Dutreil, ont facilité le maintien des entreprises dans les girons familiaux et ont contribué à les rendre plus pérennes. Pour accélérer ce mouvement, nous devons poursuivre cet effort et aligner le coût de la transmission, encore trois fois plus élevé en France qu’en Allemagne, sur la moyenne européenne car, plus cette succession coûte cher, plus on ponctionne l’entreprise, ce qui peut remettre son existence en jeu.

Le cadre réglementaire et fiscal prend également davantage en compte les ETI. La suppression de l’ISF, par exemple, permet aux entreprises de ne plus avoir à sortir de dividendes pour aider leurs propriétaires à payer leurs impôts. Couplées à l’atterrissage du prélèvement forfaitaire unique dans la moyenne européenne et au travail sur les charges, ces mesures vont dans le bon sens, mais nous devons aller encore plus loin pour atteindre les standards européens en matière de charges et d’impôts de production.

A quoi peut-on attribuer le succès de ces ETI ?

D’abord à un actionnariat stable aligné sur une stratégie de long terme. Les ETI se donnent les moyens d’agir, sur un temps long, ce qui facilite la prise de risques et rend possibles les investissements lourds. Fortes de leurs ambitions, tournées vers l’extérieur et fondées sur une logique de réinvestissement massif dans l’équipement et l’innovation, elles travaillent beaucoup sur leurs racines. Très impliquées dans les territoires, elles investissent souvent massivement dans le capital humain, avec une politique dynamique d’apprentissage et de formation, y compris à contre-cycle.

Les ETI ont bien compris qu’il n’y a pas de succès sans vision de long terme, placée au service de la performance. Plus de 15 % des entreprises de taille intermédiaire françaises sont des leaders européennes, voire mondiales, grâce à l’excellence de leurs produits, ou de leur niche de production dans laquelle elles persévèrent en fabriquant local et en agissant mondial.

Publie par Les Echos le 3 décembre 2018