LE CERCLE / POINT DE VUE – La richesse entrepreneuriale française se heurte au manque d’ambition des pouvoirs publics pour permettre à nos entreprises de se développer. Il suffirait pourtant de quelques mesures simples.

Notre pays est riche des centaines de créateurs qui chaque jour se jettent dans l’aventure de l’entreprise. Le dynamisme des start-up, TPE et PME atteste du génie entrepreneurial français. D’où vient dès lors que nos entreprises peinent à grandir? D’où vient que notre tissu économique est frappé de cette singulière anomalie : trois fois moins d’ETI que l’Allemagne et deux fois moins que l’Italie? L’entrepreneur français manquerait-il d’ambition? Cette qualité ne fait pourtant pas défaut aux 1.000 dirigeants de PME et d’ETI que fédèrent nos réseaux.

C’est plus volontiers dans le cadre économique du pays que l’on trouve réponse à ces questions. Cadre favorable à la création d’entreprises. Cadre des plus contraignants dès que les entreprises s’aventurent à monter en taille et en gamme.

Avoir le temps de grandir

Il faut saluer l’objectif du projet de loi Pacte, qui vise à sortir le pays de sa fascination pour les bonsaïs et entend faire pousser de nouveaux chênes. Nos deux organisations soutiennent cette ambition. C’est pourquoi elles avancent des propositions pour enrichir le projet actuel.

Pour grandir, une entreprise a besoin de temps. Ce temps est donné par la stabilité de l’actionnariat qui permet à l’entreprise de se projeter dans l’avenir, d’innover, d’investir. Avec la suppression de l’ISF sur les parts d’entreprise et l’instauration du prélèvement forfaitaire unique (PFU), le gouvernement a remis courageusement la France sur les rails de l’investissement de long terme. Alors que seuls 17 % de nos entreprises se transmettent contre 70 % en Italie, il faut désormais s’attaquer à la transmission. La moitié de nos PME et ETI vont se transmettre dans les dix ans à venir ! C’est une urgence économique. Le maintien des sites de production, des savoir-faire et de l’emploi en France est en jeu. Nous avons fait des propositions pour moderniser le cadre de la transmission, à travers un « Pacte Dutreil enrichi » aligné sur les standards européens en matière de coût de transmission.

Pour grandir, une entreprise a ensuite besoin de financement. Le premier des financements, c’est l’autofinancement aujourd’hui grevé par les impôts de production , qui pénalisent les entreprises du made in France. Fiscalité qui prélève le grain avant la récolte et freine les investissements dans l’appareil productif. Ce sujet à 72 milliards est sur la table de travail du gouvernement.

Par ailleurs, nul besoin d’un grand soir, améliorons ce qui existe déjà ! Pacte a pour ambition de diriger l’épargne vers les entreprises. Mais le PEA PME est malheureusement son angle mort. Créé en 2014 pour soutenir le financement en fonds propres des PME et des ETI et en permettant aux Français d’investir dans leurs entreprises, ce dispositif patine et ses résultats déçoivent. Il doit être repensé. Fusionner le PEAavec le PEA PME, le rendre déclaratif, pouvoir y loger des obligations, augmenter significativement son plafond (75.000 euros à comparer avec les 500.000 livres de l’Enterprise Investment Scheme britannique), supprimer l’interdiction de détenir plus de 25 % des droits de la société, sont autant de mesures fortes et nécessaires !

Pour grandir, une entreprise a besoin d’attirer et de récompenser ses talents. Croître, se développer, se transformer, tout cela est impossible sans s’entourer des meilleurs talents et sans une communauté de salariés soudée. Cela suppose d’être en capacité d’associer les salariés à la réussite de l’entreprise. Dans ce domaine, le forfait social a fait de gros dégâts que le gouvernement souhaite aujourd’hui réparer. En l’état, les ETI sont tenues à l’écart des évolutions très positives de Pacte. Conscients des contraintes budgétaires, nous proposons une évolution adaptée à taille ETI en supprimant le forfait social sur les abondements supralégaux ou volontaristes pour la participation et l’intéressement.

Transmission, financement, talents sont les leviers clefs de la croissance des entreprises que Pacte doit actionner pour construire cette économie de bâtisseurs qui pèsera dans la compétition mondiale et redynamisera les territoires.

Jean-Baptiste Danet est président de CroissancePlus, Frédéric Coirier et Philippe d’Ornano sont coprésidents du METI.

Publie par Les Echos le 13/08/2018

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